Trump et l'angoisse de mort, ce que nous disent le Yoga et la thérapie existentielle

La sagesse attend-elle le nombre des années? C’est un coup de colère qui m’a poussé à écrire cet article. Plus le temps passe, plus je me rends compte que la sagesse n'est pas l'apanage de la vieillesse. Syndromes de Peter Pan, refus de sortir de sa zone de confort, craintes de l’altérité. Il est bien loin le temps où, enfants, nous étions curieux de tout, avides de nouvelles expériences. Nos peurs tendent-elles alors à se cristalliser avec le temps?  Pourquoi avons nous tendance à nous replier sur nous-même au fur et à mesure de notre existence? 

Avec les résultats des dernières élections américaines et le probable résultat des nôtres, ce sont des questions qui m’ont frappées. J’ai l’impression que plus les gens vieillissent, plus ils deviennent aigris et restent campés sur leurs vieux schémas : la peur et la suspicion, la négativité, le jugement de tout ce qui n'est pas conforme à leur vision du monde, l'amertume et le fait de penser que c'est toujours la faute de l’alter. 

Evidemment, cela n’est pas toujours vrai! J’ai un respect profond pour mes professeurs et ceux qui prennent assez de recul pour partager leur expérience et leur vécu avec passion et humilité. Et j’ai toujours énormément d'admiration pour les gens qui décident de changer leur façon de voir le monde à un âge avancé. Pour celles et ceux qui décident d'entamer une thérapie pour soigner leurs anciennes blessures ou qui se mettent au Yoga (ou à toute autre discipline). Cela demande d'autant plus de courage et d’enthousiasme quand on s’aperçoit que le plus long est derrière nous.

 yogavieillesse

J'ai récemment lu un ouvrage que je recommande à toutes celles et ceux qui souhaitent agrandir la fenêtre par laquelle ils regardent le monde : "Le Jardin d'Epicure" d'Irvin Yalom. L'auteur, qui se décrit comme un psychothérapeute existentiel, y aborde l'angoisse de mort. Une angoisse qui concerne tout le monde, surtout quand les années passent. 

A travers son ouvrage, Irvin Yalom nous invite à regarder le soleil en face. C'est à dire à réaliser que, comme chaque être humain, nous sommes voués à mourir, inéluctablement. Car si nous persistons à nous voiler la face, il est fort probable que nous développions cette angoisse à travers différents symptômes. C'est par exemple le cas de ces "régimes anti-cancer" ou d'autres régimes draconiens qui préconisent l'arrêt du sucre dans un objectif toujours plus angoissant de se maintenir dans une santé parfaite. Mais s'astreindre à des régimes aussi durs ou à une hygiène de vie monacale, c'est nier la plupart des plaisirs de la vie. Pas de sucre, pas de douceur. 

On retrouve également cette angoisse de mort quand il s’agit pour nous de faire des choix. Choisir une option, c’est un peu mourir à l’autre l’option qui nous était offerte. C’est pour cette raison qu’on préfère parfois l’inertie à l’action et qu’on s’empêche de sortir de sa zone de confort pour vivre pleinement sa vie. « Si je ne change rien du tout à ma vie, j’aurais moins de chances de mourir, parce que ce que je vis en ce moment, c’est ce que je connais et le connu, c’est tout sauf la mort! » Je caricature un peu, mais c’est l’idée!

Enfin, l’angoisse de mort peut se traduire par une course effrénée à la longévité (on nous dit tous les jours que l’humain qui vivra 300 ans est déjà né), au succès, à l’accumulation de richesse ou au pouvoir. C’est une manière de vouloir continuer à exister, même après sa mort. Ou alors de vouloir la transcender : même pas peur! C’est le cas des clients à la chirurgie esthétique, des adeptes de sensations fortes, des accros en tous genre, des extrémistes religieux…

Et pas la peine de se voiler la face, nous rentrons tous plus ou moins dans l’une de ces catégories! 

C’est ainsi que l'angoisse de mort peut nous ancrer dans la peur. Les électeurs de Donald Trump en savent d’ailleurs quelque chose! Cette peur nous fait voir le verre à moitié vide plutôt qu'à moitié plein, elle nous incite à courir après des buts illusoires au détriment des valeurs humaines fondamentales parce que, parce que...on ne sait jamais! En quelques sortes, avoir peur de sa propre mort, c’est voir le monde avec les lunettes de la négativité et c’est s’empêcher de voir le monde dans sa globalité, le bien commun de nos générations et de celles à venir, parce qu’on est focalisé sur son nombril : houlala je vais mourir, il faut que (dans une société qui m’a appris à me ranger dans une boite) j’atteigne ceci ou cela, que je me protège bien de tout, tant pis pour les autres! A se demander si il y a une vie avant la mort…

Les premiers yogis avaient bien compris à quel point cette peur peut nous bouffer la vie. Dans les Sutras de Patanjali, sont décrit les 5 kleshas, les 5 causes de la souffrance : l'ignorance, l'identification au "je", l'attachement, l'aversion et... la peur de la mort. Cette dernière est d’ailleurs décrite comme l’une des causes de la souffrance les plus difficiles à éradiquer. Même pour les grands maîtres. C’est vous dire à quel point nous sommes tous concernés! 

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Mais ne soyons pas fatalistes! Certes, nous allons mourir, mais, sachant cela, il nous revient de nous demander : « étant donné que je suis là pour un temps limité, quel sens donner à ma vie? » 

Irvin Yalom nous apporte 3 clés pour nous aider à « regarder le soleil en face» sans se bruler la rétine. D’abord, il pose à ses patients cette question toute simple : « imaginons que la vie ne soit qu’un éternel recommencement et qu’à votre mort, vous deviez recommencer exactement la même vie que vous avez menée. Est-ce que vous continueriez à vivre comme maintenant ou mettriez-vous certains changements en place? ». Et incite ainsi les gens à venir à la rencontre de leur vécu. 

Ensuite, il nous fait une suggestion que j’ai trouvé très intéressante et qui a complètement changé ma façon de voir la mort. Il nous suggère que la mort est peut-être tout simplement ce retour à l’état d’avant notre naissance, quand nous n’existions pas encore. Personne ne se pose jamais la question de savoir comment c’était avant qu’on naisse, de savoir où nous étions etc… Cet état peut sans doute s’appliquer à la mort, qui serait alors simplement un été de non existence. Cela ne remet en aucun cas en cause nos différentes croyances sur l’après-vie, mais je trouve que c’est une suggestion rassurante*. 

Enfin, toujours dans une démarche de « regarder le soleil en face » de la manière la plus acceptable et rassurante possible, Irvin Yalom nous parle du rippling. Ce mot anglais un peu barbare décrit simplement le phénomène de ricochet bénéfique d’une vie sur une autre. C’est la personne que vous n’avez pas vu depuis 10 ans qui vous dit que la petite phrase que vous lui aviez glissée et dont vous ne vous rappelez même plus, a changé sa vie. C’est cet inconnu qui, vous voyant pleurer dans la rue, s’est arrêté pour discuter avec vous quelques instants et vous a vu repartir avec le sourire. C’est une main tendue vers celui ou celle qui en avait vraiment besoin à ce moment là sans oser la demander. C’est transmettre les choses qui vous passionnent avec d’autres, sans attendre en retour. C’est l’amour et la confiance en la vie que vous transmettez à vos enfants. 

irvinyalomrippling

C’est cela qui restera. Pas notre corps, pas notre nom, pas nos richesses, pas notre pouvoir sur les autres, mais toutes ces petits choses du quotidien qui rendent le monde meilleur et qui seront conservées dans le coeur de l’autre comme un trésor. Cette petite phrase, ce sourire, cette main tendue, les aidera peut-être à avancer dans la vie avec un peu plus de joie, un peu plus de confiance et ils pourront ensuite faire de même autour d’eux. 

Le paradis ne serait-il alors pas la somme des souvenirs que l’on laisse de soi? 

 *Apparemment pas pour tout le monde! :-)

Irvin Yalom L'angoisse de Mort
Vous retrouverez l'ouvrage d'Irvin Yalom : "Le Jardin d'Epicure" en Livre de Poche! J'en profite également pour remercier ma chère Flo qui m'a fait découvrir ce livre passionnant et mon chéri qui a relu avec beaucoup de bienveillance cet article et m'en a inspiré la conclusion!

Crédits photo :
Photo de couverture : Ariane Albecker - Mexico où la mort est caricaturée et célébrée à chaque coin de rue
Photo du vieil homme : Pixabay
Photo du sadhu : Ariane Albecker - Shiva Baba à Varanasi
Photo de la goutte : Pixabay

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