Le Yin Yoga : entre science, sagesse taoïste et philosophie yogique

Création relativement récente, le Yin Yoga se propose comme alternative et complément aux pratiques de Yoga plus dynamique et ce, en s'inspirant de la sagesse du Tao, de celle de Patanjali et du Bouddhisme mais également des dernières avancées scientifiques en matière d'anatomie.

Yin/Yang

On définit généralement le Yin Yoga comme un type de Yoga qui complète une pratique dynamique, considérée comme plus Yang.

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Selon la philosophie du Tao, le monde, toutes les choses et les êtres ont des aspects Yin et des aspects Yang, mais toujours l’un par rapport à l’autre. Le Yin complète le Yang. Par exemple, la lumière est considérée comme Yang, tandis que l’obscurité est considérée comme Yin. Tout ce qui est actif est vu comme Yang, les choses passives sont vues comme Yin. Ce qui est féminin est Yin, ce qui est masculin est Yang. Ce qui est humide est Yin, ce qui est sec est Yang. Et ainsi de suite. Mais l’un n’existe pas sans l’autre, l’un n’existe que par rapport à l’autre. Cela signifie que de l’eau tiède est plus Yin que l’eau chaude mais elle est aussi plus Yang que l’eau froide. C’est de là qu’est né le symbole du Yin et du Yang qui montre bien qu’en chaque chose, il y a un aspect Yin mais aussi un aspect Yang.

De nos jours, nous vivons dans une société où il faut être actif, où des concepts tels que la réussite, la performance ou la compétition sont mis en exergue. Tous ces aspects sont des composantes Yang. Dans nos vies, nous sommes toujours en activité, dans l’action. Pourtant, le corps nous oblige parfois à un repos nécessaire, notamment lorsque nous sommes malades (mal de tête, grippe, burn out…). Le repos est un aspect Yin. Et il est nécessaire à notre équilibre et à notre santé, tout comme l’activité et la stimulation. Tout est question d’équilibre!

Ramener de l’équilibre dans notre pratique du Yoga

Maintenant que nous avons compris que le Yin et le Yang sont deux aspects qui se complètent et qui sont nécessaires l’un à l’autre, nous allons découvrir pourquoi il est important d’incorporer ces deux aspects dans notre pratique du Yoga.
Selon la vision taoïste, les muscles sont des organes Yang. Ils sont flexibles, élastiques et aiment être chauffés tandis que les ligaments restent froids et sont rigides. De la même manière, les muscles aiment être sollicités de manière rythmique et répétitive comme on le fait dans des pratiques dynamiques du Yoga (Ashtanga, Vinyasa, Bikram…) tandis que les ligaments et les articulations préfèrent être sollicités de manière plus douce et dans la durée comme en Yin Yoga. C’est pour cette raison que les bagues posées par les orthodontistes doivent être placées sur les dents pendant une longue période pour avoir un impact sur les os de la mâchoire. Appliquer des exercices de tensions longues sur les muscles pourrait leur être dommageable, comme il peut-être dommageable d’appliquer un stress rythmé et répétitif aux ligaments et aux articulations.

En rouge, le muscle, en blanc les tendons et les os en beige. Les articulations se trouvent là où deux os s'emboîtent (comme ici le coude).

En rouge, le muscle, en blanc les tendons et les os en beige. Les articulations se trouvent là où deux os s’emboîtent (comme ici le coude).


On considère en général le stress comme quelque chose de négatif. Or, le stress est nécessaire à la vie, il la renforce même. En effet, le stress consiste à appliquer une pression, à stimuler. Trop de stress n’est pas bon, mais pas assez de stress n’est pas bon non plus! L’histoire suivante l’illustre bien. Au Nevada, des chercheurs de la NASA ont tenté de recréer la vie sur Mars en créant une sorte de bulle où ils avaient entre autre planté des arbres. Dans cette bulle, il n’y avait donc aucune trace de vent. Résultat auquel les chercheurs n’avaient absolument pas pensé : les branches des arbres ont poussé vers le sol car elles n’avaient pas été « stressées » par le vent! De la même manière, nos articulations et nos ligaments se contractent sur eux-même quand ils ne sont pas « stressés ». Ils deviennent alors de plus en plus courts et de moins en moins mobiles. Il est donc important de continuer à les « stresser » de manière adéquate tout au long de la vie.

C’est donc le but du Yin Yoga d’un point de vue anatomique.
D’un point de vue philosophique, le Yin Yoga puise à la fois dans les enseignements traditionnels du Yoga, mais également dans le Bouddhisme et, évidemment dans le Taoïsme.

Trouver l’aisance avec la philosophie yogique

Dans les Sutras de Patanjali (que j’aborde en partie dans cet article), il n’est question d’asana que dans une seule Sutra. L’Asana, pour Patanjali n’est qu’un des huit autres moyens de parvenir au Samadhi, l’état d’illumination du yogi. Dans cet aphorisme, les seuls critères que doit remplir la posture, c’est qu’elle doit être sukha, confortable, et sthira, immobile. Dans le Yoga que nous pratiquons aujourd’hui, nous sommes souvent bien loin de ces deux simples critères. Et on oublie souvent le but ultime du Yoga : l’illumination, le dévoilement de l’essence de l’Être. Ce qui ne veut pas non plus dire que les pratiques de Yoga dynamique sont vides de sens ! Elles permettent également au corps et aux muscles de se maintenir en bonne santé et elles sont un magnifique moyen de faciliter l’immobilité du mental dans la méditation. L’Ashtanga, en particulier, est une vraie méditation en mouvement. Malheureusement, on constate de plus en plus que cette pratique entraîne des blessures chroniques notamment au niveau des articulations et ce, justement, parce qu’on ne les stresse pas de la bonne manière.

Exercice de la pleine conscience du Bouddha

Dans la pratique du Yin Yoga, l’immobilité du corps invite à l’intériorisation. La pratique invite à observer ce que l’on ressent, ce qui se passe à l’intérieur de nous. C’est la première étape de la méditation.

Représentation du Bouddha dans le jardin japonais de San Francisco

Représentation du Bouddha dans le jardin japonais de San Francisco


Cette idée d’observer ce qui se passe à l’intérieur de nous est reprise dans le Bouddhisme (et notamment dans certaines branches du Bouddhisme Zen) dans le concept de pleine conscience. En Yin Yoga, on essayera d’appliquer ce principe en observant le souffle, les sensations du corps, le coeur, les émotions et les pensées. Le Bouddha parle également de l’impermanence des choses et du non-attachement qui permet d’éradiquer la souffrance de la perte due à cette impermanence. Le Yin Yoga nous apprend que chaque posture, même si elle est inconfortable, même si elle semble durer une éternité, a une fin. Qu’une posture inconfortable peut également faire place à un sentiment de bien-être.

Enfin, c’est un élément assez connu, le Bouddha a fait le choix de la voie du milieu. En vivant une vie d’ascète, il s’est rendu compte que cette pratique avait failli le tuer, sans pourtant lui apporter les réponses qu’il cherchait. On retrouve aussi ce principe dans la pratique du Yin Yoga. En effet, dans chaque posture, on va essayer de trouver la bonne profondeur. On ne cherche ni à aller trop loin (ce qui serait trop douloureux), ni pas assez loin (auquel cas, on ne ressentirait rien). L’idée ce n’est pas d’aller le plus loin possible, d’être dans la compétition avec soi-même, mais vraiment de « sentir » quelque chose et c’est en tenant la posture pendant un certain temps que l’on en tirera tous les bénéfices.

Le Qi, l’énergie du Tao

Enfin, le Yin Yoga puise sa source dans la philosophie du Tao. Comme nous l’avons déjà vu plus haut, c’est dans son essence même que le Yin Yoga repose sur cette philosophie puisqu’il se place en tant que complément aux pratiques modernes du Yoga. Mais c’est également au niveau de sa conception du monde que le Tao nous intéresse. Selon lui, toute chose, tout être sur terre se compose de Qi, une énergie universelle. Le Qi est la cause, le processus et l’issue de toute chose. Il est la pulsation de l’univers. Il en existerait 32 sortes.

Dans un corps en bonne santé, le Qi est en quantité suffisante et circule de manière fluide. Mais quand une maladie ou une blessure survient, cela signifie que le Qi est soit déficient, soit qu’il décroît, soit qu’il stagne, soit encore qu’il est rebelle. En général, quand le corps subit une blessure, on dit qu’il s’agit d’un blocage énergétique, le Qi ne passe plus bien à cet endroit là.

Méridien de l'estomac dans une représentation traditionnelle.

Méridien de l’estomac dans une représentation traditionnelle.


En effet, le Qi se déplace dans le corps à travers des canaux énergétiques : les méridiens. Il en existe 12 majeurs et 8 mineurs qui sont tous reliés à un organe du corps : la vessie, l’estomac, le coeur, les reins, le foi, la rate, les poumons, le pancréas, le gros intestin, le petit intestin, le triple réchauffeur (un organe symbolique qui rend le Qi de plus en plus subtile) et le péricarde. Chaque posture de Yin Yoga va stimuler un ou plusieurs de ces canaux. Il suffit d’exercer une très légère pression le long d’un méridien pour avoir un effet dessus. D’autre part, on dit souvent en Yoga que là où la conscience va, l’énergie va. On peut donc également, par certains types de méditations, aider le flot de Qi à circuler.

Quand la science se penche sur l’énergie du corps

Ces aspects énergétiques peuvent sembler très ésotériques. Et ils le sont! Si vous disséquez un corps, vous ne trouverez pas de méridiens ou quoi que ce soit de la sorte! Les méridiens sont plutôt une sorte de carte du corps. Et les cartes (les cartes du monde, les cartes géographiques) ne sont pas la réalité, elles représentent simplement une certaine réalité. Elles nous permettent seulement de nous repérer.

Cela dit, la science occidentale peine toujours à comprendre pourquoi et comment le Qi fonctionne. Pourtant, les faits le prouvent : l’acupuncture, la médecine chinoise fonctionnent et guérissent! D’autre part, certaines études ont montré que lorsqu’on se blessait, ce n’était pas le cerveau qui envoyait les cellules mobiles pour soigner la blessure, mais des signaux électriques (appelés bio-électricité). Les fluctuations de ce courant électrique vont permettre au corps de recevoir un « compte rendu » des opérations. Pour rester en bonne santé, il est donc nécessaire de garder ce courant magnétique fluide. On peut le faire en marchant pieds nus sur le sol pour être directement en contact avec le champ magnétique de la terre qui est chargée en électricité grâce à la foudre ou en pratiquant le Yin Yoga puisque beaucoup de blocage se font au niveau des articulations!

Les 3 principes fondamentaux du Yin Yoga

- trouver la profondeur adéquate dans la posture (chaque corps et chaque squelette étant différent, aucune posture ne ressemblera à une autre)
- se maintenir immobile
- tenir la posture pendant un certain temps

Ce qu’il faut retenir de la pratique du Yin Yoga

- Trouver la profondeur adéquate dans la posture signifie qu’il ne faut aller ni trop loin, ni pas assez dans la posture. Le but est de SENTIR quelque chose. Comme disait mon professeur Bernie Clark : si vous le sentez, c’est que vous le faites!
- On utilise la posture pour rentrer dans le corps et non pas le corps pour entrer dans la posture
- Le vrai Yoga est ce qui se passe à l’intérieur. Ce n’est pas parce qu’on rentre parfaitement dans une posture qu’on est en train de faire du Yoga. La forme de la posture n’a pas d’importance.
- Le corps répond toujours en se renforçant. Le confort apporte de la fragilité.
- Le temps de maintien des postures est plus important que leur intensité

Belle pratique!

Namaste!


Bibliographie

Bernie Clark et moi! :)

Bernie Clark et moi! :)

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Voici une liste de mes livres coups de coeur qui accompagnent ma pratique et ma vie. Bonne lecture!

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