Gestion de la douleur : comment le Yoga et de la Méditation peuvent aider

Les chercheurs ont identifié des régions du cerveau qui semblaient être impliquées dans la sensation de douleur et ont déterminé comment elles pouvaient être modulées grâce à la méditation. Mais comment ce processus se met-il en place concrètement?

LeCadeauDuYoga

Quand la science se penche sur les bienfaits de la méditation

Je viens de tomber sur un article sur les bienfaits de la méditation sur le cerveau paru dans le 2e numéro de Yoga Journal. Selon cet article : « Des patients souffrant de douleurs importantes ont participé à une étude en 2011 sous la houlette de Fadel Zeidan, neurobiologiste au centre médical Wake Forest, en Caroline du Nord. Après une formation à la méditation de pleine conscience de quatre jours, ceux qui méditaient ont constaté une diminution de la sensation désagréable de 57% et de 40% pour l’intensité de la douleur. Les chercheurs ont identifié des régions du cerveau qui semblaient être impliquées dans la sensation de douleur et ont déterminé comment elles pouvaient être modulées grâce à la méditation. »

Dans le même temps, je suis également en train de lire un livre du philosophe et pratiquant du bouddhisme zen, Alan W. Watts, « Eloge de l’insécurité ». Cet ouvrage explique la nécessité de se détacher du « je » et de toutes les étiquettes, tous les mots, que nous utilisons pour décrire ce que nous avons vécu, ce que nous vivons ou ce que nous vivront et qui, au final, nous détachent de l’instant présent, de sa réalité pure. L’extrait qui va suivre est un peu long mais je pense qu’Alan W. Watts a su trouver les mots justes pour expliquer le processus décrit par cette étude scientifique.

Si l’esprit souffre, l’esprit est douleur : l’identification au “je” nous sépare de la simple expérience du réel

« [...]comment l’esprit absorbe-t-il la souffrance ? Il découvre que résister et s’échapper – le processus du « je » – est inapproprié. On ne peut échapper à la douleur, et lui résister pour s’en défendre ne fait qu’empirer les choses ; l’ensemble du système se trouve ébranlé par le choc. Cette alternative lui étant impossible, l’esprit doit agir en fonction de sa nature : rester stable et absorber.
Rester stable, signifie ne pas essayer de se détacher de la douleur, parce que vous savez que vous ne le pouvez pas. S’enfuir devant la peur, c’est avoir peur ; combattre la douleur, c’est souffrir ; essayer d’être brave, c’est être effrayé. Si l’esprit souffre, l’esprit est douleur. Le penseur n’a pas d’autre forme que sa pensée. Il n’y a pas d’échappatoire. Mais aussi longtemps que vous ne serez pas conscient du caractère indissociable du penseur et de la pensée, vous essayerez de vous échapper.
De là découle naturellement l’absorption. Ce n’est pas un effort, l’esprit le fait par lui-même. Voyant qu’il n’y a pas d’échappatoire à la douleur, l’esprit s’y soumet, l’absorbe et devient conscient de la douleur seulement, sans aucun « je » pour la ressentir ou lui résister. Il expérimente la douleur de la même manière, complète et non consciente, dont il expérimente le plaisir. La douleur est la nature de l’instant présent, et je ne peux que vivre en cet instant.
Quelquefois, lorsque la résistance cesse, la douleur s’en va simplement ou devient aisément supportable. »

Alan Watts

Alan Watts

Conte du Yukon, les mésaventures et blessures d’une yogi en voyage

Pour mieux illustrer son propos, je vais vous raconter une petite histoire. Certains auront peut-être remarqué que j’ai une grosse cicatrice brune sur la main droite. Quand je suis partie en voyage en Amérique du Nord, j’ai terminé mon périple dans les confins du monde : le Yukon, au Nord du Canada. Je voulais réaliser un de mes rêves, faire du chien de traîneaux ! J’ai donc loué une petite cabine pour la nuit dans un centre qui organisait ça au milieu des montagnes enneigées. Pas d’eau, pas d’électricité, juste un joli poêle pour me tenir chaud ! Magique ! Peu habituée à la vie rustique, j’ai eu la bonne idée de suspendre une chaussette en laine mouillée au dessus du poêle pour la sécher. Je vais me coucher. Une demie heure plus tard, je sens que quelque chose brûle. Je me lève, un peu dans le coton, et par un réflexe stupide, j’attrape la chaussette qui en fait, était incandescente. Le résultat est immédiat, la chaussette s’accroche à ma peau et me brûle au 2e ou au 3e degré sur une surface assez importante.
La douleur est atroce. Vraiment. Et je ne vous parle pas de la peur ni de l’angoisse de devoir affronter cette épreuve au milieu de nulle part. Dans ma malchance, je me trouve malgré tout dans un lieu où la neige ne manque pas. Je vais donc dehors et remplis un sac en plastic de neige que je pose sur ma blessure. Et je renouvelle l’opération toutes les demie-heures.

L’expérience du Yoga, accepter les choses telles qu’elles sont

La neige anesthésie la douleur mais pendant les premières heures, je ne peux m’empêcher de ressasser la souffrance et la frayeur que j’ai eu. Cela peut sembler idiot, mais je m’inquiète aussi beaucoup de ne pas pouvoir participer à la virée en chiens de traîneaux le lendemain matin ! Et puis petit à petit, mon esprit opère un revirement. Je me dis que de toute façon, c’est comme ça, je ne peux pas échapper à la douleur maintenant que le drame a eu lieu, je n’ai aucune emprise sur ce qui est en train de m’arriver. Et je me dis : « ne t’inquiète pas, tout va bien se passer. Tu sais que la douleur ne dure qu’un temps. Ce n’est que de la douleur physique. Toutes les blessures guérissent et tout va bien se passer. » J’observe les sensations dans ma main et je me laisse porter par le ressenti, sans porter de jugement dessus. Je finis même par rire de ma situation, « miss catastrophe » qui arrive à se brûler avec une chaussette dans le fin fond du Yukon ! Ce n’est pas courant !
Apaisée par ces pensées, je constate que la douleur s’en va progressivement et je finis par m’endormir, confiante. Le lendemain, je n’ai plus du tout mal ! On me met un bandage avec une crème grasse pour que je puisse enfiler des gants et c’est parti pour le chien de traîneaux ! Mise à part les petits inconforts liés à la cicatrisation, ma blessure ne m’a plus du tout fait mal par la suite !

Aux confins du Yukon, rencontre avec l'acceptation du moment présent

Aux confins du Yukon, rencontre avec l’acceptation du moment présent


Alors, certes, les brûlures sont un peu spéciales, mais on dit aussi que ce sont les blessures qui causent les plus grandes souffrances. Quand j’ai parlé de mon histoire à un ami pharmacien très cartésien, il m’a dit que cela ne l’étonnait pas parce qu’on ne sait pas grand chose de ce type de blessures. Les coupeurs de feu sont d’ailleurs de plus en plus sollicités par les hôpitaux parce qu’ils aident, par la pensée, les patients à moins souffrir et à cicatriser plus rapidement.
Je m’éloigne un peu du sujet en parlant des coupeurs de feu (d’ailleurs, je laisse à chacun son propre avis sur la question), mais cette mésaventure m’a permis de comprendre tout à fait ce dont parle Alan W. Watts et ce qui est rapporté par certaines études scientifiques.
Je pense ainsi que le fait d’être coupée du monde à ce moment là, m’a beaucoup aidé à ne pas « mentaliser » ma douleur et à m’éloigner du « je » pour revenir au ressenti et être complètement dans l’instant présent, à accepter le réel tel qu’il se présente, sans échappatoire. Si j’avais pu skyper mon compagnon à ce moment là, les choses auraient probablement été différentes, je me serais plainte de la situation, j’aurais posé des mots et n’aurais peut-être fait qu’empirer les choses.

Ânanda, la joie sans fondement, le fond de notre océan intérieur

Dans un article de la Revue Française de Yoga (n°47 Janvier 2013), Liliane Cattalano, enseignante à l’EFY (Ecole Française de Yoga), raconte de manière très touchante cette expérience qui est à la portée de tout le monde, à travers la notion d’Ânanda, la joie, en sanskrit. Voici ce qu’elle dit : « Ânanda, la félicité, est une notion centrale pour de nombreux courants de l’hindouisme. Elle est cette joie sans cause ni objet, présente même dans les moments de profonde détresse, les moments de grande douleur. C’est le fond de l’océan, en deçà de l’agitation des vagues. Je vous invite à l’explorer, à aller à sa rencontre. Car c’est une infinie richesse qu’au moment même de la plus grande tristesse, la perte d’un être cher par exemple, il soit possible de maintenir une attention, une écoute dirigée vers cette profondeur d’où émanent à la fois sérénité, mouvement, puissance et joie. La souffrance la plus oppressante n’atteint pas ce plan qui demeure inaltéré, de toute éternité. C’est vrai également des douleurs physiques ; je l’ai expérimenté avec des maux de dents : je contemplais attentivement le mouvement des ondes douloureuses qui s’enflaient, puis s’apaisaient un instant, et je les observais avec intérêt car leur intensité varie ; comme dans le surf je guettais « la grande vague »… lorsque soudain, je constatais que je n’avais plus mal. Et pourtant si ! La douleur était présente puisque je continuais à suivre la fluctuation de ces ondes lancinantes. La douleur continuait son oscillation mais une distance s’était installée et la souffrance n’avait plus d’emprise ; seuls demeuraient l’écoute, l’attention à ce qui est dans l’instant présent, l’accueil du réel, sans jugement ni commentaire, sans attente non plus, qui ouvrent l’accès à l’espace infini. »

"La Grande Vague" du peintre japonais Hokusai

“La Grande Vague” du peintre japonais Hokusai

Le Yoga et la méditation, un cadeau accessible à tous

Tout cela, c’est le cadeau du Yoga. Lorsqu’on rentre dans une posture, on apprend à s’y installer et à observer ce qui se passe à l’intérieur de nous. On devient l’observateur. On devient également ce que ma professeur d’Ashtanga, Caroline Boulinquez, appelait le « drashtu », ce petit bonhomme qui est là, et qui observe notre mental courir dans tous les sens. Le petit drashtu observe tout cela sans que cela ne perturbe sa nature. Il symbolise notre Etre immuable, la conscience pure.
Nous avons tous un petit drashtu intérieur qui nous permet de devenir l’observateur plutôt que le « je » misérable qui pose un jugement sur tout : c’est bon, c’est mauvais, c’est bien, c’est mal, j’aime, j’aime pas, j’ai peur, je ne veux pas avoir peur, j’ai mal, je ne veux pas avoir mal… Je dis d’ailleurs souvent à mes élèves, lorsqu’on pratique une posture douloureuse, de se laisser aller, d’observer la douleur comme si on en était le spectateur. Car plus on lui résiste, plus les muscles se tétanisent et plus on souffre. Quand au contraire, on laisse aller toute tentative de lutter contre cette douleur, qu’on l’observe sans la juger, alors elle devient plus supportable.

De la théorie à la pratique

De plus en plus, il m’arrive aussi d’essayer de faire l’expérience du moment présent sans poser de mots dessus dans mon quotidien. D’être juste dans le ressenti, la sensation. Quelques secondes, quelques minutes. C’est un exercice que l’on peut faire à tout moment dans la journée. Prenez un instant pour faire taire votre mental et ouvrez vos 5 sens : que voyez-vous? quelles sont les sensations du corps en contact avec son environnement? quelles sont les odeurs? les tensions du corps? les douleurs physiques? le souffle? Et ce, sans poser aucun mot sur votre expérience. Entraînez-vous également lorsque vous méditez. C’est le meilleur moment pour le faire! En développant votre capacité à embrasser le moment présent, comme si vous découvriez vos émotions et votre ressenti pour la première fois, la souffrance, quelle qu’elle soit, prendra une autre dimension, celle de “ce qui est” et c’est tout.

Séance de méditation lors d'une retraite dans les Vosges.

Séance de méditation lors d’une retraite dans les Vosges.


En conclusion, je suis ravie de voir que la science se penche sur un phénomène bien connu des yogis et des pratiquants de la méditation. Un phénomène qui semble inexplicable mais que l’on comprend très bien une fois qu’on en a fait l’expérience. Alors tous à vos tapis, voilà une raison de plus de pratiquer le Yoga et la méditation !

Tout est déjà en vous, il suffit de pratiquer.
Namaste !


Bibliographie :

- Yoga Journal n°2
- Alan W. Watts : “Eloge de l’insécurité” aux éditions Petite Bibliothèque Payot
- Liliane Cattalano : “Ânanda, la joie sans objet”, article paru dans la Revue Française de Yoga n°47 (Janvier 2013)

Bibliographie

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Voici une liste de mes livres coups de coeur qui accompagnent ma pratique et ma vie. Bonne lecture!

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