Le Yoga Intéroceptif : quand la relation corps/esprit est brisée par le trauma

Le Yoga Intéroceptif peut aider les gens qui ont vécu un traumatisme ou qui ont des difficultés avec leur relation à leur corps. Mais quel est le mécanisme du trauma et comment ce type de Yoga peut-il aider à résoudre les symptômes?

L’intéroception

« L’intéroception est la capacité de sentir des sensations viscérales mais aussi des états physiologiques. C’est également la capacité à comprendre comment ces états affectent notre comportement. L’ensemble du système intéroceptif constitue le « moi matériel » et est lié à la manière dont nous percevons les sensations qui déterminent notre humeur, notre sens du bien-être et nos émotions. » (Extrait de Overcoming Trauma through Yoga: Reclaiming Your Body par David Emerson & Elizabeth Hopper)
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En d’autres termes, notre corps produit des sensations qui se transforment en émotions qui deviennent à leur tour des comportements. Par exemple, si je pose ma main sur une flamme, je vais ressentir une sensation de brûlure qui va se transformer (très) rapidement en souffrance, qui va elle-même s’exprimer sous la forme d’un cri ou de pleurs. L’intéroception, c’est la capacité à observer et à identifier cette chaîne. La plupart du temps, cela se fait tout à fait naturellement. Mais il arrive que cette chaîne se brise. On perd sa capacité à identifier la sensation et à la relier à une émotion, ou alors on associe de manière erronée un stimulus à un comportement de danger.

Comment le mécanisme de l’intéroception peut-il se briser?

Cette détérioration de la chaîne sensations/émotions/comportement peut survenir dès la toute petite enfance, dans le cadre de ce qu’on appelle en psychologie la théorie de l’attachement. Un enfant qui reçoit des réponses sensibles qui coïncident à ses besoins (je pleure parce que j’ai faim, on me console et on me donne à manger) va pouvoir développer un sens basique de sécurité, une compréhension des autres comme étant sensibles et dignes de confiance, ainsi qu’une compréhension de soi comme étant digne d’être apprécié. (Blaustein & Kinniburgh, 2010)

Mais cette détérioration peut également survenir plus tardivement, à la suite d’un traumatisme unique ou d’une suite de traumatismes. Le traumatisme peut être lié à des violences infligées par des personnes de l’entourage ou une personne extérieure, mais peut aussi être lié à une catastrophe naturelle, à une guerre. Bref, le traumatisme existe sous différentes formes. Nous vivons tous, à un moment ou à un autre de notre vie, une ou plusieurs expériences traumatisantes. Mais tout le monde ne va pas réagir de la même manière. C’est ce qu’on appelle la capacité de résilience.
Resilience

La résilience, un phénomène encore mal connu

La résilience est un phénomène encore mal connu des scientifiques qui peinent à déterminer pourquoi certains individus en ont beaucoup et d’autres moins. On sait toutefois que, selon la réponse que l’on va donner à un événement traumatique, le vécu post-traumatique sera très différent. Par exemple, si l’on se fait agresser et qu’on met son agresseur hors d’état de nuire grâce à ses talents de karatéka, il y aura très peu de chances pour qu’on développe par la suite des symptômes liés au traumatisme. On pourra même peut-être ressortir de cette expérience grandi. De la même manière, un enfant qui subit des violences à répétition au sein de sa propre famille aura probablement plus de difficultés à s’en sortir qu’un enfant qui subit des violences une fois par une personne qu’il ne connait pas. Dans le premier cas, les violences sont associées à un comportement « normal » par une personne digne de confiance et dans l’autre à un comportement « anormal » par un inconnu. Toute la symbolique est donc différente dans une situation et dans l’autre. D’autre part, il existe des situations où le sujet est exposé à des visions de violence extrême de manière répétée (c’est souvent le cas des journalistes de guerre, des humanitaires ou des militaires). Certains individus vont développer des mécanismes de protection qui leur est propre et qui vont leur permettre d’intégrer ces expériences sans qu’elles ne remettent en cause leurs fondements psychiques (ensemble de valeurs et de croyances sur la vie). D’autres, par contre, vont développer des symptômes, des comportements addictifs (alcoolisme, prises de drogues) ou dépressifs souvent tardivement, parfois même des dizaines d’années après.

Ce qu’on peut toutefois dire du traumatisme, c’est qu’il s’agit d’un événement qui remet en cause les valeurs profondes de l’individu (comme l’affirmation : « le monde est une endroit où je peux me sentir en sécurité » ou « je peux faire confiance à autrui » etc…) et qui le place devant l’imminence de sa mort. C’est donc un chamboulement absolu dans la psyché et dans l’idée qu’on se fait du monde.

Le fait qu’il existe une multitude de traumas et différents mécanismes mis en place par les individus pour les intégrer rend la tâche compliquée pour les scientifiques dans leurs tentatives d’analyser le traumatisme. Ce qu’on peut toutefois retenir, c’est qu’un événement traumatique sera compris différemment d’une personne à une autre et que selon cette compréhension et la symbolique qu’elle revêt, les individus réagiront des manière différente.

Mais que se passe-t-il quand on subit un événement violent et pourquoi nous laisse-t-il parfois des marques ?

Quand on vit un stress, le système sympathique se met en marche. Notre système qui nous permet de nous battre ou de fuir est activé. Le cœur se met à battre plus vite pour amener plus de sang aux muscles, la respiration s’accélère pour aider ce processus, des hormones du stress sont libérées qui permettent au corps tout entier d’être hypervigilant. On note également une activité du cortex préfrontal amoindrie. Le cortex préfrontal est responsable de notre capacité à avoir des pensées complexes, à se concentrer sur quelque chose. Il est responsable en quelque sorte de notre esprit « raisonné ». Au contraire, on note une activité du système limbique plus importante. Le système limbique est une région du cerveau responsable de nos émotions et de notre mémoire émotionnelle. C’est également lui qui ordonne au corps d’envoyer de l’adrénaline vers le cœur et du glucose vers les muscles.

Credits : Dictionnaire médical (www.docteurclic.com)

Credits : Dictionnaire médical (www.docteurclic.com)


Ce qu’on appelle traumatisme, c’est le fait de garder en soi la mémoire traumatique émotionnelle. En fait, chez certains individus, le schéma : « stimulus extérieur → sensation/émotion → analyse rationnelle du stimulus et de la sensation → comportement » ne se fait plus. C’est comme si le chemin d’analyse avait été brisé et que le sujet était bloqué au moment de l’événement traumatique. Quand cela arrive à un individu et que ce phénomène est associé à différents symptômes handicapants qui s’installent dans la durée, on appelle cette maladie le SSPT* : Syndrôme de Stress Post Traumatique.

Comment savoir si on est “traumatisé”?

Tout élément rappelant de près ou de loin le traumatisme pourra alors déclencher le mécanisme de stress décrit dans le paragraphe ci-dessus (palpitations, augmentation du rythme cardiaque, sentiment de panique incontrôlé…). Cela peut amener certaines personnes à établir des processus d’évitement plus ou moins élaborés de manière à éviter à tout prix les éléments qui pourraient leur rappeler l’événement. Certaines personnes vont par exemple éviter d’emprunter tel ou tel trajet parce que la configuration de l’environnement leur rappelle le lieu du drame, d’autres peuvent arrêter toute pratique sportive parce que le fait de sentir leur cœur s’accélérer peut leur rappeler leur réaction lors du trauma etc…

Il existe une longue liste de symptômes associés au SSPT tels que les processus d’évitement comme on vient de le voir, mais aussi les flashbacks, les cauchemars, les crises de panique, la dissociation (le sujet se sent hors de son corps et peut agir sans en être conscient), les comportements addictifs, la difficulté à décrire ses sentiments et ses sensations, l’hypersensibilité aux contacts physiques, la dépression, l’hypervigilance, un sentiment d’incertitude par rapport à la prédictibilité du monde, l’auto-mutilation, les troubles du comportement alimentaire, la difficulté à réguler ses émotions, la difficulté à se concentrer, le manque d’un sens continue et prédictible de soi…
Clouds
Quand ce type de symptômes s’installent dans le temps, ils empêchent les gens de vivre pleinement leur vie et de laisser leur passé là où il devrait être, c’est à dire derrière eux. Pour les victimes, leur corps n’est plus un lieu où il peuvent se sentir en sécurité, un vecteur de bien être, mais un espace de souffrance qui rappelle sans cesse des événements douloureux.

Le Yoga Intéroceptif

Le Yoga intéroceptif a été spécifiquement élaboré pour aider les personnes qui souffrent de SSPT et plus largement les personnes ayant des difficultés « relationnelles » avec leur corps. Pour le Yoga intéroceptif il s’agit plus de travailler sur « ce qu’on ressent » plutôt que sur « comment on le ressent » Le comment est abordé dans les thérapies dites classiques type EMDR, thérapies cognito-comportementales ou psychanalytiques. Dans ces thérapies, on va exposer le sujet à l’événement traumatique en le faisant restituer l’événement par le biais de la parole. Le problème qui va alors se poser c’est que les victimes vont parfois se sentir si agressées par la réminiscence de l’événement qu’aucun dialogue ne va pouvoir s’établir. Les émotions prennent le pas sur la thérapie. Un rejet de ce type de thérapie peut ensuite avoir lieu.

Le Yoga intéroceptif ne travaille pas sur les émotions mais intervient en amont. En travaillant sur différentes postures, on réapprend à identifier ses sensations. On apprend à lier ces sensations avec un stimulus qui n’est pas en lien avec le trauma. Cela ne signifie pas que certaines positions ne vont pas entraîner d’émotions, mais on y apprend qu’en les modifiant, on peut changer ses sensations. Le corps redevient alors un lieu sûr et permet ensuite de poser des mots sur ce qui s’est passé avec un thérapeute.

Tapis de Yoga

Reprendre possession de son corps, renouer avec ses sensations

Ce que l’on vise avant tout dans le Yoga intéroceptif, c’est de ramener l’élève au moment présent. Souvent, les personnes qui ont vécu un traumatisme sont bloquées dans un corps, une respiration, un état d’esprit qui les ramène à ce qui s’est passé. Ramener l’attention en permanence à ce qui se passe dans l’ici et le maintenant aide à se détacher de ce « blocage ». On va également essayer de réintroduire la notion de temps dans les séances car il arrive parfois que les personnes touchées ont l’impression que le trauma ne prendra jamais fin. En observant un inconfort dans une posture et en réalisant que cette posture va s’arrêter dans le temps, on peut alors retrouver la notion de temporalité dans sa propre vie.

Ensuite, on cherche à faire en sorte que les pratiquants reprennent possession de leur corps et de leur vie en agissant en conséquence de ce qui se passe à l’intérieur d’eux-même. Souvent, les situations traumatisantes ont entraîné une incapacité physique à se mouvoir. On va donc utiliser le mouvement comme une manière de se sentir plus à l’aise, de dissiper les inconforts.

L’idée sous-jacente de la pratique du Yoga intéroceptif est donc de retrouver une tolérance de son corps et de ses sensations et même d’en faire un ami. Petit à petit, ce corps qu’on semblait subir plutôt qu’habiter va redevenir une vraie ressource. C’est un des premiers messages que le Yoga a soufflé à mon oreille quand j’ai fait mes premières séances : ton corps peut être une source merveilleuse de bien-être !

*Pour ceux qui sont familiers avec cette notion, je parle ici du SSPT de manière large en incluant les traumas complexes mais ne suit pas la définition donnée par le DSM IV.


Ressources bibliographiques :

- Overcoming Trauma through Yoga: Reclaiming Your Body par David Emerson & Elizabeth Hopper
- The body keeps the Score : Brain, Mind, and Body in the Healing of Trauma par le Pr. Bessel van der Kolk
- http://www.traumasensitiveyoga.com
- www.traumacenter.org

Bibliographie

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Voici une liste de mes livres coups de coeur qui accompagnent ma pratique et ma vie. Bonne lecture!

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